Владивосток

Terminus Vladivostok.

Arrivés la nuit tombée à l’extrême Est de la Russie, à deux pas de la Corée du Nord et de la Chine. Ville militaire dont l’accès était interdit aux Russes et aux étrangers jusqu’à la fin de l’URSS, Vladivostok, portuaire et commerciale s’est ouverte au monde en 1992. Cette proximité explique certainement l’usage répandu de l’anglais et la curiosité pour l’Ailleurs. De larges avenues et des buildings bien éclairés, il fait chaud et on se sent étrangement en territoire familier. Quelques personnes nous aident à trouver notre chemin dans la rue, on discute facilement et les sourires font plaisir. Les habitants ici sont avenants, ouverts et décontractés. L’influence de l’océan Pacifique peut-être. Comme un faux air de côte Ouest américaine qui se confirmera peu à peu.

C’est sur les hauteurs de la ville, à côté de la tour de télévision que Vyacheslav nous héberge pendant deux jours dans son appartement au quatrième étage d’un bloc sans porte. Elle a été arrachée il y a quelques semaines par le vent violent d’une tempête. Le soir à travers la fenêtre de sa cuisine, on observe les va-et-vient des ferries, des bateaux de pêche et des pétroliers dans la baie. Il est photographe, féru de green tea, de paysages qu’il capture à l’aide d’un drone. Il part souvent explorer les coins sauvages de Primorsky Kraila région extrême-orientale russe dont Vladivostok est la capitale. Ses clichés donnent envie de rester plus longtemps en Russie ou de revenir l’été camper le long des ces plages sauvages et nager dans l’océan. Une vision jusqu’alors inconnue du pays : magnifiques espaces vierges et parcs naturels très peu fréquentés par les Russes eux-même. Mais Vyacheslav le répète souvent : « Vladivostok ce n’est plus la Russie ! » 

« Moscou est à plus de 9000 kilomètres à l’Ouest ! Vladivostok, n’est pas vraiment russe. C’est une ville spéciale aux portes de l’Asie. »

À l’image de Vladivostok, Vyacheslav a lui aussi un pied en Asie. Il a appris le chinois et prévoit le printemps prochain son prochain voyage en Corée du Sud. Il est attentif à la température de l’eau pour être sûr que le Sencha (thé vert) libère bien tout son arôme et il nous emmène manger de l’estomac de poulet dans son restaurant chinois préféré. On traverse ensuite la vieille ville et l’ancien quartier coupe-gorge milwonka où vivait, le siècle dernier, une très dense population d’origine chinoise. La police n’y entrait même pas. Aujourd’hui, la copine de Vyacheslav aime s’y rendre pour l’authenticité de ces vielles pierres et faire le plein d’énergie. Aujourd’hui quelques boutiques occupent le rez-de-chaussée et on devine que des personnes y habitent encore.

Pour se rendre jusqu’à Russky Island, traversée impressionnante de la ville sur les hauteurs de deux ponts suspendus monumentaux, le Golden Bridge et le Russky Bridge. Survol du port militaire avec frégates et sous-marins puis du port commercial d’où partent d’énormes cargos chargés de milliers de conteneurs oranges et bleus. Sur l’île, l’Université FEFU (pour Far Eastern Federal University) accueille les étudiants de tout l’extrême-orient russe. Un campus à l’américaine avec un front de mer et une vue imprenable sur la ville.

« L’hiver quand la mer est gelée, on peut marcher sur la glace pendant des kilomètres… »

Vyacheslav se lève parfois pour photographier les pêcheurs sur glace dans la lumière du petit matin. Certains russes roulent même en voiture sur ces étendues gelées et chaque année, au printemps, lors du dégel, les voitures de conducteurs trop aventureux se retrouvent au fond de la baie de Vladivostok.

Le soir, autour de sashimis de maquereaux faits maison, la discussion dérive sur les ouvriers nord-coréens qui travaillent ici dans le bâtiment et sur les souvenirs de l’ouverture de la ville. Dans les années 1990, l’arrivée massive d”argent a provoqué une guerre de gangs pour les nouveaux marchés. Vyacheslav se rappelle : quand il était plus jeune, il entendait à la radio locale l’annonce des funérailles de membres de la mafia. Depuis, les gangsters d’hier sont devenus hommes politiques. Certains sont plus originaux que d’autres, comme un des ex-maires de la ville qui voulait contacter les extraterrestres et ne prenait les décisions importantes qu’après un petit rituel mystique. Vyacheslav et son amie Nastya plaisantent sur la politique locale, la soirée se poursuit autour de tasses de thé en écoutant de la musique russe.

Un petit aperçu du WTF made in Russia sélectionné par leurs soins.