クリスマス

Passer plus d’un mois dans une ville immense comme Tokyo offre le luxe de prendre le temps pour découvrir les différents quartiers. Flâner, regarder avec émerveillement la vie passer et tenter de déceler la manière dont les tokyoïtes s’approprient leur ville. Faire la com’ d’une geisha blanche deux semaines, vivre dans un petit appartement, faire ses courses, des entrevues, prendre ses marques dans le café du coin et connaître par coeur le chemin depuis le métro. Découvrir et s’habituer au rythme, s’approprier les sons, les quartiers, les odeurs. Peut-être qu’un jour le partage du trottoir entre les piétons et les vélos deviendra instinctif.

Les deux premières semaines logés à Shin-okachimachi on s’est déplacés à l’Est de la ville. Des deux cotés de la rame de métro direction nord-est, le marché de Ueno est un ensemble quatre ruelles bondées de petites échoppes, de marchands de poissons frais, de surplus Américains et de bouffe en tout genre. Les commerçants appellent à la criée les clients qui se pressent devant les étalages ou font la queue pour engloutir quelques sashimis sur un coin de comptoir ou un kebab donburi (kebab sur riz, adaptation nippone). On y trouve aussi un magasin d’accessoires de golf (très pratiqué au Japon) et quelques pachinko, salles assourdissantes de jeux semblables aux machines à sous.

À Ueno le dimanche, on donne à manger aux moineaux et on engloutit quelques brochettes de poulpes grillés sur la passerelle qui mène au temple au milieu d’un lac rempli de lotus. Les canards-pédalos ont la côte et les familles se pressent aussi à l’entrée du zoo.

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Un des autres parcs de la capitale, celui de Chiyoda bien moins animé, abrite le palais de l’empereur. Surprenantes couleurs automnales avec comme bande son les cris des corbeaux qui répondent aux hélicoptères surveillant régulièrement le ciel de Tokyo.


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Plus à l’Est, le temple à Asakusa, le plus vieux de la ville ne désemplit pas. Les tokyoïtes s’y pressent pour jeter quelques pièces de cent yens en haut de l’escalier avant de prier quelques minutes devant l’autel. On tire aussi les bâtons de fortune, sorte de mikados enfermés dans une urne en métal et qui portent chacun un numéro. Les petits tiroirs à portée de main contiennent des messages correspondants aux numéros piochés qui sont ensuite attachés sur les grilles alentours. L’odeur d’encens brûlant en continu et les lumières rouges qui apparaissent la nuit tombée, pourraient presque faire oublier les petites maisons volantes d’un minuscule parc d’attraction à proximité.

Contraste avec l’autre côté de la rivière Sumida où se dresse la tour futuriste skytree et le bâtiment de la compagnie de la fameuse bière Asahi. Coiffé d’une flamme, certains y verront plutôt un gros cornichon. En longeant les berges, on peut entendre le clapotis de la rivière couvert par le va-et-vient des trains et des métros vers la gare de Ueno.

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Au sud de la capitale, le quartier d’Odaiba est construit sur une île artificielle. D’immenses travaux préparent déjà la ville qui y acceuillera en 2020 les Jeux Olympiques. On s’y rend en prenant un surprenant métro aérien qui emprunte le Rainbow Bridge et la boucle qui survole la baie de Tokyo. À Odaiba, quartier vitrine, lisse et bétonné, les immenses étendues désertes paraissent si loin du centre-ville. Le musée de la science et des technologies accueille des groupes de jeunes japonais venus admirer quelques robots en exposition. L’occasion de voir enfin les androids du professeur Hiroshi Kobayashi. Aujourd’hui le robot Asimo est en maintenance. L’exposition finalement assez old-school est une sorte de présentation pédagogique de ce à quoi pourrait ressembler le futur imaginé il y a une dizaine d’années. La soif de futurisme reste un peu sur sa fin, mais l’architecture rattrape le coup. En haut de l’observatoire de la Fuji TV tower, d’une immense sphère en suspension on observe le soleil se coucher derrière le Mont Fuji. La plus grande roue du monde (…”entre 1999 et 2000″, on a vérifié) offre un panorama à couper le souffle sur la ville illuminée. On trouve aussi un dédale de galeries marchandes kitsch pastichant l’architecture italienne du délicieux nom de Venus Fort qui communique avec un immense amusement park intérieur. Des centaines de stands permettent de jouer au basket, au ping pong, à des jeux de danse à capteurs de mouvements. Tous les âges s’y retrouvent pour se divertir dans une ambiance sonore saturée par les mélodies des machines. Des jeux que l’on ne comprend pas, des chorégraphies connues par coeur sur la Wii et des groupes déguisés en personnages de manga se prennent en photo et dansent face caméra.

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Sous les regards admiratifs des parents qui les prennent en photos, des gamines en porte-jarretelles, faux cils et mini-jupes sont les mannequins d’un jour pour une marque de 6-12 ans. À l’extérieur sous la statue de Gundam, une centaine de jeunes ados dansent comme des fous furieux devant le concert des Chicky Parade, un groupe de chanteuses pop japonaise en tutu, tissus de kimono et Doc Martens. Un singe en uniforme, tenu en laisse, monte sur des échasses et saute au signal de sa maîtresse pour le plaisir des mômes à peine plus grands que lui. Le samedi soir, des péniches décorées de lampions rouges se rendent sous les lumières multicolores du Rainbow Bridge. Depuis la plage artificielle d’Odaiba, les familles viennent admirer, les pieds dans le sable, les couleurs des feux d’artifice

Comme pour Halloween, les Japonais absorbent et réinterprètent les fêtes occidentales. Ici Noël est une fête de couples, comparable à la Saint Valentin. On nous prévient : Les hôtels et les restaurants sont tous pleins le 24 Décembre. Le KFC surtout, très populaire ici, comme si le colonel Sanders griffé en Santa Claus incarnait à lui seul l’esprit de Noël. Dans les cafés, les supermarchés et les ruelles, les quelques tubes de Noël importés repassent en boucle jusqu’à l’écoeurement et la fièvre consumériste est comparable à ce qu’on observe chez nous pendant le temps des fêtes. En plein coeur de Shinjuku sur le trottoir, une chorale souhaite aux passants pressés un Merry Kurisumasu.

Cliché de Noël pris dans un des photomaton de l’espace où les filles passent l’après-midi à se prendre en photos entre copines et à les retoucher à l’infini sur les écrans tactiles.

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