Châu Đốc

Pour aller chez la famille de Vinh, il faut prendre le ferry qui traverse un des bras du Mékong. Sur les eaux marrons du fleuve, des touffes vertes de plantes grasses dérivent encore et encore. La chaleur est écrasante et la lumière pique les yeux. La maison de famille est située juste derrière la station essence qu’ils tiennent dans un petit village sur une des îles du delta. Les orchidées suspendues fleurissent tranquillement à l’ombre, et à la tombée de la nuit, les cigales se livrent à un concert assourdissant et discontinu.

Après plusieurs soirées passées ensemble à Phu Quoc, iIs nous accueillent comme en famille. Des fruits frais et un repas de roi préparé par la grand-mère. On mange du corosol – appelé jusqu’alors « artichaut sucré » – des cafés glacés vietnamiens ou des jus de sapotier, un fruit du coin qui ressemble à une pomme de terre mais qui a un étrange goût de tiramisu. Familiarisation progressive avec les fruits asiatiques : fruit du dragon, jacquier et même le durian, à l’odeur intense difficilement supportable.

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À l’aube, fraîcheur oblige, Vinh nous emmène en scooter explorer les environs, accompagné d’un jeune ami de la famille, qui part le mois prochain chercher du travail àPhu Quoc. Comme toujours sur le Mékong, il faut prendre régulièrement le bateau pour enjamber les bras du fleuve. Des traversées en ferry de quelques minutes où se croisent les scooters chargés à bloc, les écoliers en vélo et les vendeuses de billets de loterie, très populaire au Viêt nam. Sur les bords Mékong, les mômes se baignent tout sourire et les pêcheurs démêlent leurs filets cachés sous les branches flottantes et les plantes grasses.

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La route traverse les rizières où l’on devine les ouvrier-e-s sous leurs chapeaux. Sur le bord des chemins, les bâtons d’encens fraîchement confectionnés sèchent au soleil à côté des piments et des coque de noix de coco et devant l’entrée des maisons, des chiens en faïence protègent les familles des mauvais esprits. De petits stands ambulants vendent comme partout au Viêt nam, des bánh mì, sandwich baguette, un des restes de l’occupation française avec… la vache qui rit.

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En haut d’une montagne sacrée trône un immense bouddha blanc construit récemment. Le temple à l’intérieur est encore en travaux. Les vietnamiens viennent aussi visiter plusieurs pagodes aux alentours et nourrir les énormes carpes qui s’agitent dans le lac.

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La famille d’amis de la famille célèbre une fête en l’hommage d’un défunt. Ici, chaque année, le jour de l’anniversaire d’un mort, un grand repas est organisé par les proches. Autant dire que les invitations ne manquent pas et Vinh est obligé d’en refuser plusieurs par mois. En pleine semaine, tout le monde s’est libéré pour assister à l’évènement. Comme la table n’est pas assez grande, on mange tous ensemble assis sur le sol à l’ombre de la terrasse. Trinquer à la vietnamienne c’est crier « 1 – 2 – 3 Yoooo !» avec des verres de bières remplis de glaçons. Un couple d’amies lesbiennes fait rire tout le monde avec ses blagues explicites pendant que certains repus se balancent dans les hamacs à proximité et entament la sieste à midi. Comme dans toutes les maisons de la région, une photo du dissident Huỳnh Phú Sổest est affichée dans le salon, proche du portrait obligatoire d’Ho Chi Minh. C’est le fondateur de la religion Hoa Hao, un courant du bouddhisme qui compte de très nombreux adeptes dans le delta. L’an passé l’État a construit la route goudronnée au travers du village. Afin d’empêcher les travaux toute une famille du village s’est allongée sur le sol terreux pour l’en empêcher; sur vingt mètres il n’y a alors pas de route.

La nuit tombée, les terrasses des villages se remplissent. Du café, des jus de fruits, toujours servis avec beaucoup (trop) de glace et presque jamais d’alcool. La veille de notre départ, toute la famille passe nous saluer. Difficile de refuser de goûter aux trung vit lon, les oeufs de canard couvés. Ils sont servis spécialement pour l’occasion, mangés en entrée, à la petite cuillère, avec un mélange de sel, de poivre, de piment, de jus du citron et de basilic. Une fois dépassé l’aspect repoussant de la chose – on peut distinguer parfaitement le poussin bien formé, avec son bec et ses pattes – le goût de pâté qui se dégage de ces oeufs couvés rappelle des plats du sud-ouest de la France. Derniers instants passés au Vietnam puis direction Phnom Penh, capitale du Cambodge.