Les chats

Il parait que dans la banlieue de Tokyo il y a un temple consacré aux chats. C’est ici qu’est né le maneki-neko, célèbre chat qui vous invite avec sa patte en l’air. Il apporte la chance à son propriétaire, fortune et prospérité s’il lève la patte droite ou les clients avec sa patte gauche. Un jour de beau temps, sous une lumière hivernale, le métro se vide progressivement. À Gotoku-ji, maisons basses, allées et venues de vélos et comme toujours, le train traverse la ville.

Le temple de Gotoku-ji est bordé par une haute muraille et des barbelés. À l’entrée, on suit trois personnes qui se dirigent dans la même direction. Comme dans tous les sanctuaires, une place importante est laissée à la végétation, aux déplacements et au mouvement. D’inspiration chinoise, les temples japonais ont conservé l’architecture mais de manière très épurée. Pas de couleurs criardes ni de dorures, tout est dans la simplicité et l’harmonie des lignes. Il faut passer sous les portails en bois comme différentes étapes de purification avant d’arriver devant l’autel où ils tirent sur une corde à deux reprises avant de taper deux fois dans les mains pour appeler les Dieux. Après la prière, deux autres coups les font remonter.

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Les légendes concernant les origines du maneki-neko sont nombreuses mais plusieurs s’accordent sur l’histoire d’un chat se léchant la patte un soir d’orage à l’entrée du temple. Y voyant une invitation, des voyageurs de passage le suivent et échappent de peu à la foudre qui s’abat sur l’arbre sous lequel ils s’abritaient. En signe de reconnaissance, ils offrirent de l’argent aux moines du temple et vénérèrent ce chat pour leur avoir sauvé la vie.

Ce que l’on pensait être un immense autel dédié aux chats est finalement un modeste présentoir sur lequel sont entassés plus d’un millier de maneki-neko en céramique. À peine arrivés, une femme est venue en déposer un. Elle prie, sèche ses larmes puis repart aux bras de son mari. En souvenir d’un chat disparu ? Pour apporter de la chance à quelqu’un ? Après la mort d’un proche ? On n’a pas réussi à savoir.

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Dans ce sanctuaire paisible, les tablettes en bois témoignent des messages laissés par les fidèles et les visiteurs pour leurs familles ou pour souhaiter une heureuse vie dans l’au-delà à leurs défunts chats.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERACette journée de pèlerinage sur les traces des images de Chris Marker nous fait reprendre le métro en sens inverse direction Shinjuku.

On retrouve le chat à Golden Gai, quartier de quatre minuscules ruelles remplies de micro bars pouvant chacun accueillir moins d’une dizaine de personnes. Arrivés devant l’enseigne de La Jetée, il faut monter l’étroit escalier comme pour se rendre au grenier. Un « bonsoir » très articulé nous accueille. C’est Tomoyo Kawaï, francophile et cinéphile, elle tient le comptoir depuis 1974.

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Derrière le bar, elle fait frire quelques amuse-gueules et sert deux verres de saké. Les quatre murs sans fenêtre sont recouverts d’affiches de film français, de Gainsbourg, le nouveau film du père Garel avec son insupportable fils, Holy Motors de Leos Carax et des images de Chris Marker bien sûr. Sur les étagères du bar, les noms inscrits sur les bouteilles de whisky donnent une idée des clients venus se serrer quelques soirées dans ce mouchoir de poche : L’orchestre de Paris, dernier en date. Ce bar de cinéphiles est apparemment le repère de Tarantino lorsqu’il est de passage à Tokyo. Chris Marker y a aussi passé du temps, on aperçoit quelques rares images filmées par Wim Wenders ici même dans son documentaire Tokyo Ga.

Tomoyo parle un français impeccable. Depuis plus de trente ans, le monde entier défile derrière son comptoir, et surtout beaucoup de francophones-cinéphiles-fans-de-Marker-de-passage-à-Tokyo. On ne fera pas exception, mais ce soir on semble les seuls venus en pèlerinage dans ce bar de Golden Gai. Dans l’angle, un couple de japonais discute avec un francais en voyage. Sur la banquette, un suisse et une japonaise nous conseillent, verres de rouge à la main, une des seules cantines où l’on peut manger des sushis de viande. Tomoyo pioche un des albums empilés sur le coin du bar et nous conseille d’autres films à voir sur le Japon et sur Tokyo.

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