Phu Quôc

Au petit matin le bateau s’éloigne du port de Ha Tien et sous un soleil écrasant, amerrit sur le sable fin des plages de l’île de Phu Quôc. À vol d’oiseau le Cambodge est à moins de vingt kilomètres.

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Thuy a monté une auberge sur la plage. Cuisine ouverte face à la mer, quelques paillasses avec moustiquaires sous des bâches bleu-turquoise et une table de massage. Sous le hamac, les poules picorent à l’ombre. Un coin simple et paradisiaque accessible par la plage d’un l’hôtel très chic où Thuy travaillait avant. Bercés par le bruit des vagues et la chaleur de l’île, les clients du resort viennent parfois manger un morceau et croisent les touristes de passage dans cette auberge du bout du monde. Son compagnon, un anglais baroudeur dans la soixantaine fait la discussion, boit des bières et regarde le temps passer. Au coucher du soleil, les locaux ramassent des crabes et viennent se tremper un peu. Ici l’eau ne descend jamais en dessous de 25 degrés. Leur bail est seulement renouvelé tous les trois mois vu que les terrains se vendent rapidement et que les resorts poussent un peu partout sur la côte depuis que le gouvernement vietnamien veut faire de Phu Quoc un pôle touristique incontournable de l’Asie du Sud-Est.

Sur la côte Est, Hàm Ninh est un petit village de pêcheurs. Au marché, des hippocampes et des étoiles de mer (vivants ou séchés) s’achètent pour quelques dongs et le matin on regarde le soleil se lever à l’horizon depuis le débarcadère. Très vite, on s’y sent comme chez soi. La famille Hai est aux petits soins. Mister Hai ou High comme il se fait appeler est salarié par sa femme à l’auberge. Comme il parle un peu anglais, c’est lui qui tchatche avec les clients. Il nous fait goûter son alcool de serpent en parlant de ses multiples maîtresses imaginaires. Parfois aussi de sa passion pour Hitler qu’il vénère. La journée il se balance dans le hamac à l’ombre des cocotiers et c’est sa femme qui s’occupe de tout le reste : les repas, les comptes, le service et le nettoyage.

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Tous les matins à partir de cinq heures, la propagande diffusée pendant plusieurs heures par des hauts-parleurs réveille le village. On l’entend parfois aussi en fin de journée, quand les enfants en uniforme bleu et blanc et cravate rouge rentrent de l’école. Des nouvelles officielles du gouvernement, des lectures de textes de Lénine et des mentions à Ho Chi Minh, le tout rythmé par de la musique. Seule source d’information pour ceux très nombreux qui ne savent ni lire ni écrire, alors que d’autres rêvent de débrancher les fils.


Sur des pistes de terre ocre longeant la mer et sur les routes bitumées en construction sèchent des baies de poivre, rouges, vertes et noires. L’odeur du Nuoc man parfume les alentours d’une usine de la célèbre sauce saumure vietmienne. On sirote à l’ombre des jus de canne à sucre pressés avec du citron, dans des verres en plastique remplis de glace avant de repartir en scooter.

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Il n’est pas difficile de trouver un pêcheur pour faire un tour en mer. Masques et tubas pour observer les poissons tropicaux multicolores et les coraux autour des îlots au sud de Phu Quoc. Comme presque partout, les plages, à l’image de carte postale, sont désertes, mais l’île raccordée à l’électricité tout juste l’année dernière est en train de changer, et vite.

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Depuis janvier dernier, les visiteurs sont exemptés de visas et le nouvel aéroport international propose des vols directs depuis Bangkok et la Russie. Le gouvernement espère accueillir 3 millions de touristes par an en 2020 contre 150 000 à l’heure actuelle. Le gouvernement vietnamien prévoit de créer une zone économique spéciale sur le modèle de Singapour. Au nord de l’île un immense hôtel de luxe, avec un parc d’attraction (vide) et un golf viennent d’être construits. Un casino devrait bientôt voir le jour. Sur la côte, des panneaux « à vendre » sont plantés sur de nombreux terrains et face aux plages toujours désertes, d’immenses complexes hôteliers sont en construction: Intercontinental, Novotel … À côté des chantiers, au pied des grues et des pelleteuses, un village provisoire est habité par les ouvriers et leurs familles. Des paillasses et des hamacs sous des bâches, quelques bars avec la télévision et forcément plusieurs karaokés, le temps des travaux la vie s’est s’improvisée entre la mer et les chantiers.

Un soir on rencontre Vinh, vietnamien arrivé en France à l’âge de 14 ans pour fuir le communisme. Il vient régulièrement à Phu Quoc et cette fois-ci accompagné de la famille de sa copine peu habituée à quitter leur village. Il parle Français et Vietnamien et nous raconte son histoire. Son arrivée dans un foyer à Créteil, la découverte du sud de la France, comment il gagnait trois francs en revendant des parties de flipper, sa rencontre avec un hotelier argentin à Argelès-sur-Mer, l’amour pour son pays d’origine quitté durant trente ans, sa haine pour le régime et la propagande… Il espère que les choses vont bouger, « d’ici vingt ou trente ans peut être ». Maintenant les jeunes apprennent l’anglais à l’école. « C’est une bonne chose pour pouvoir échanger et voir ce qui se passe ailleurs. Je leur dis tout le temps, le communisme, c’est fini !  » Il nous invite à leur table puis à passer quelques jours chez eux, dans le delta du Mékong. Direction Chau Doc, dernière étape au Vietnam.

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