Têt

À Hanoi, la ville en effervescence se prépare à fêter le Têt, la nouvelle année, celle du mouton en bois vert. Il suffisait d’y penser. Beaucoup d’habitants sont partis en famille à la campagne mais sur les trottoirs assis sur leurs chevilles, ceux qui restent brûlent tous de faux billets en papier pour marquer le changement et attirer la fortune. Les foyers éphémères sur le bord de la route laissent derrière eux des tas de cendres que disséminent les scooters. Les vendeurs de ballons à l’hélium sont plantés au milieu des rues, apparaissant à peine sous leurs immenses nuages brillants et colorés. Ceux qui s’arrêtent en acheter repartent à toute allure toujours sur deux roues, le ballon au vent.

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À 23 heures, les habitants viennent admirer le feu d’artifice tiré depuis le bord du lac dans le centre-ville. Puis tout le monde rentre chez soi. Des affiches sur les murs rappellent que les pétards sont interdits, alors remplacés par des cotillons. Pas de dawa à la vietnamienne, peu d’alcool et aucun débordement. On s’attendait à un gros bordel qui finalement n’a pu eu lieu. Mais en rentrant à l’hôtel, le propriétaire, sa femme et leur fils nous accueillent comme en famille pour fêter l’évènement : gâteau traditionnel de riz gluant au porc, bières, alcool de riz et sucreries. Ce soir, c’est open bar.

Le lendemain dans la vieille ville les devantures sont baissées. Autant la rue des vendeurs de fleurs que celle des vendeurs de pierres tombales ou des vendeurs de soie. Les temples ne désemplissent pas et le bruit des scooters retentit encore et encore. En marchant dans les rues on aperçoit l’intérieur des maisons, toujours un peu ouvertes. Sous le portrait des ancêtres et la photo de mariage, la télé est presque toujours allumée, le son à fond. Sur une grande table, toute la famille sur son 31 partage le premier repas de l’année. Il va durer toute la journée et même pendant trois jours, fête nationale oblige, et ici la fête se vit surtout en famille.

Conduite en sens inverse et au klaxon, dépassement par la droite, la conduite au Viêt Nam ressemble à un étrange chaos organisé. Et qui fonctionne. Malgré la chaleurs les Vietnamiennes conduisent avec des gants et des chaussettes au pieds, toutes les parties du corps recouvertes pour se protéger du soleil et le masque est de rigueur. En route pour l’aéroport, un homme face contre terre gît à plus de vingt mètres de son scooter. Sur l’autoroute personne ne bouge. À Saigon, huit millions d’habitants et plus de quatre millions de scooters, les accidents de la route tueraient une dizaine de personnes par jour.

À Hô Chi Minh, capitale du Sud, le soleil est intense. La chaleur s’abat sur la ville qui s’éteint tous les jours à l’heure de la sieste. Le ballet de scooters et l’activité reprennent une fois que la température redevient supportable. Pendant que les parents se reposent dans le hamac, les jeunes squattent les multiples cybercafés de la ville, bondés jusqu’à tard le soir. Au détour d’une rue des familles sont rassemblées autour d’une troupe d’acrobates en costume qui deux par deux animent des dragons colorés. Les plus jeunes sont portés à bout de bras pour déposer dans la bouche des créatures dansantes quelques billets pour la bonne fortune.

Le Têt s’étale tranquillement sur une semaine alors la ville semble comme endormie. Seul le district touristique, toujours appelé étrangement le quartier routard est en pleine activité. À deux pas du Cambodge, Hô-Chi-Minh-Ville est une étape incontournable pour les visiteurs de l’Asie du Sud-Est. Transferts pour Bangkok, Phuket, Angkor, bières à 1$ et retransmission en terrasse des matchs de football.

Depuis moins d’une centaine d’années, une curieuse religion est pratiquée au sud du Viêt Nam. Avec cinq millions de fidèles et des temples colorés et kitsch au possible, le caodaïsme a choisi des guides spirituels plutôt originaux : Victor Hugo, Shakespeare ou encore Jésus Christ. Un mélange de croyances bouddhistes, taoïstes avec une organisation qui s’inspire directement du christianisme, création inédite issue de la colonisation.

Les tunnels de la ville de Cuchi sont des vestiges de la guerre. Deux cent trente kilomètres de galeries construites dans la jungle avec les moyens du bord par le Viêtcong pour échapper aux Américains. Mister Bean, un guide très bavard Vietnamo-philippin a combattu les communistes dans l’armée américaine – histoire vraie ou pas ? – Viet are really skinny, not like american big fat ass, they can hide behind a tree. Difficile d’imaginer les soldats dans la jungle face à ces petits viets trop futés cachés derrière les arbres, faisant des tubas avec les bambous et des pièges aux chiens avec leurs fruits tropicaux à l’odeur fécale. Pour l’heure, les jeunes western habillés en fluo se photographient fièrement sur les tanks avant de tirer quelques coups au AK47 dans le stand de tir de mauvais goût à la fin de la visite. Les tunnels sont élaborés sur trois niveaux, avec cuisine, cheminées, évacuation des déchets dans la rivière dont le lit passait par les villes occupées par l’armée.À quatre pas on n’entrera que dans une reconstruction de ces tunnels minuscules pourtant agrandis pour faire passer le gros cul des touristes.

Le Têt se termine, la vie et la circulation reprennent à Hô Chi Minh, au marché les femmes font leurs courses même en scooter. On reprend la route.

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