Thaïlande

Étiquette rouge ou étiquette blanche accrochée sur le T-shirt. A la frontière avec la Thaïlande, le chauffeur s’assure que ses passagers arrivent à bon port. Le premier groupe rouge part pour Bangkok, le second blanc se dirige vers la côte au Sud du pays. Dans la salle de contrôle de l’immigration, à part le viêtnamien, monsieur Minh Chah qui est juste devant nous et traîne à avancer, le profil est similaire : moins de la trentaine, bronzé, tatoué, en claquettes. L’autoroute du tourisme en Asie du Sud-Est, nous y voilà.

Gestion des flux et organisation millimétrée. La route à quatre voies est rapide, le minibus s’arrête seulement pour un bref contrôle de police sur le trajet. Bangkok est immense, les routes se superposent, du béton partout, des publicités pour Air Asia, Pepsi Cola et des bacs de géraniums accrochés le long des autoroutes. Khao san Road, quartier backpacker : deux rues avec des bars aux systèmes de sons à te péter les tympans, des bureaux de change et de quoi refaire sa garde robe pour avoir du style sur la plage. La police des touristes, “your first friend“, veille à ce que tout se passe bien.

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L’ambassade du Myanmar est aujourd’hui fermée, notre vol est dans dix jours. Direction les montagnes au Nord, celles que l’on voulait voir au Laos. Chiang Mai, Chiang Rai. Une auberge proche de la rivière et quelques jours en moto (ou plutôt un petit scoot de 100cm3). Direction l’Est, vers le Mékong qui fait ici la frontière avec le Laos. C’est le Triangle d’Or, célèbre pour la culture du pavot et le commerce d’opium au début du siècle. Un intérêt qui explique aussi la colonisation européenne, anglaise et française. Ici Thaïlande, Laos et Birmanie se séparent de moins d’un kilomètre. Le pavot c’est une plante que l’on incise pour en extraire la précieuse sève connue depuis des centaines d’années pour ses vertus thérapeutiques. Hippocrate la cite dans ses travaux. Ce sont apparemment les Grecs qui l’aurait apportée dans la région. Des panneaux rappellent qu’il est interdit de consommer, de vendre. La partie visible de la Birmanie, c’est l’État Shan qui contrôle encore aujourd’hui la production de pavot et produit largement l’héroïne mondiale.

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À l’extrême Nord de la Thailande, Mae Sai est une ville frontalière avec la Birmanie. Dans l’immense marché, certains visages sont recouverts de peinture jaune, du tanaka, une pâte qui colore les joues des femmes et parfois le visage en entier. Il protège la peau du soleil, soigne l’acné et beaucoup de jeunes en portent pour camoufler leurs boutons. Dans le restaurant de rue ou le pad thai est bien épicé, le voisin de table s’exprime dans un très bon anglais avant de s’excuser à 19h55 pour rentrer avant que la frontière ne ferme pour la nuit. Ce soir, depuis l’auberge on devine un son-et-lumières dans la ville birmane de Tachilek, à moins de trois cent mètres de là.

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Le lendemain, la route est surprenante, les chemins souvent à pic, longent la frontière. Chaque sommet en cache un autre, au milieu de la forêt, des lacets, des paysages hallucinants donnent à gauche sur la vallée thaïlandaise, à droite sur le Myanmar. On croise plusieurs postes tenus par de jeunes militaires qui passent le balai souriants. Petits villages à flanc de montagne, peuplés d’ethnies minoritaires, peuples des montagnes ou ethnies birmanes ayant fui le Myanmar. L’envie d’y aller s’est arrêtée à l’entrée du village qu’un non-habitant fait payer 5 dollars sans garantie de reverser quelquechose aux habitants. Les minibus sont garés en file. Les long neck Karen, dont les femmes portent des anneaux autour du cou, sont dans tous les guides, dans tous les tours operators. On se contentera d’une photo prise au musée de l’opium.

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Plus à l’Ouest, Mae Salong, des collines recouvertes de champs de thé, des pattes de poule dans la soupe. Un village de réfugiés chinois ayant fui la révolution Maoiste. Champs d’ananas, de manguiers, de fruits du dragon, oplulence fruitière, même en saison sèche. Arrivés à Thaton en fin de journée, dans la vallée. Village traversé d’une rivière et surplombé d’un wat apaisant ou les thai viennent prier au coucher et au lever du soleil.

Une dizaine d’heures de bus plus tard et nous voici à Pai, toujours perchés dans les montagnes. Le bus peine à entrer dans la ville, un cortège de thailandais nous devance et se dirige vers un temple. Ils portent sur leurs épaules des enfants habillés et maquillés, comme pour célébrer un bapteme. L’un pleure, l’autre a les yeux écarquillés, les mômes n’ont pas l’air de comprendre ce qu’il leur arrive, les pères profitent plus qu’eux du moment. Gong, tambours, danses. La fête durera toute la nuit.

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Dans les rues de Pai, magasins, cafés, têtes blondes, le tout écrit souvent en anglais ou en chinois. À première vue ce n’est pas le paradis tranquille que l’on nous avait dépeint. Passés les agences immobilieres, les salons de beauté et le super deluxe river view inn, puis un pont en bambou, l’autre côté de la riviere est beaucoup plus calme. En suivant deux grands sourires et un Sawadee Ka!! chaleureux, on pose les sacs à Cozy Pai. Bungalow avec l’essentiel : un hamac, un matelas, une moustiquaire et un ventilateur. Hutte en bambou avec vue sur la montagne, posée autour d’un petit étang avec les huits autres bungalows. Ici on paie en partant, sans se projeter sur la durée de son séjour. 200 bhats la nuit, le prix tombe à 100 après une semaine, certain-e-s sont là depuis plus d’un mois, ou « quelques semaines » comme dit Angus, l’australien barbu toujours de bonne humeur. Artistes, peintres, tatoueurs, acrobates et forcément profs de yoga. Le matin, un allemand dans la soixantaine pratique son Shia Tsu, l’espagnole fait du yoga, une autre jeune femme aussi, mais avec son ordinateur, pour la musique. Hippie Land nous y voici. Agréable, on se sent de suite à l’aise entourés de plein d’amour. Partage de nourriture, déjeuners en commun, voyageurs au long court en Asie, très peu de court terme. Éclipse solaire, éclipse de lune, pleine lune, le calendrier est chargé pendant notre séjour. L’occasion pour Shanti et Alex d’effectuer leur rituel chamanique et artistique avec les champignons magiques de la région. Nos voisins, deux frères jumeaux en route pour la Nouvelle Zélande. Julien apprend à Nicolas à parfois ne rien faire et profiter, tout simplement. Pas toujours facile. Pour s’occuper, il reprise un de nos pantalons dans l’après-midi ou aide les proprio à construire de nouveaux bungalows.

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En Thailande, les images de la familles royales sont omniprésentes. Le roi, très populaire, est affiché sur un poster-calendrier dans la cuisine commune. Appareil photo autour du coup et talkie-walkie dans la main. On le voit aussi souvent sentir son doigts, comme pour vérifier une odeur qui pourrait être suspecte. Ça nous a bien fait marrer, mais c’est une mauvaise interprétation culturelle : « He is thinking, he is a hard worker », nous explique Nathalie, la maîtresse de maison, qui enlace les pensionnaires le matin avant le petit déj.

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Entre le lever et le coucher du soleil, la ville est écrasée par la lumière et la chaleur – nous avec. C’est la fin de la saison sèche, les cascades du coin manquent cruellement d’eau, tout le monde attend la pluie avec impatience. Il est toujours aussi facile de louer un scooter pour explorer les environs. Le canyon au Sud de la ville les grottes, les parcs naturels. Après une dernière salade de papaye verte accompagnée de piments, de sauce de poisson, et de cacahuètes, on saute dans le bus pour Chiang Mai. Des sacs en plastiques sont dispos pour les inconvenances de la longue route sinueuse.

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Le bus de nuit pour Bangkok s’est arrêté dans chaque village. Presque vide la dernière heure de trajet, l’occasion de prendre deux places et dormir fort avant d’arriver dans la métropole. Bangkok 5 am, pas de plan, plus de batterie sur le téléphone pour visualiser la seule carte qu’on possède. Seule indication notée la veille depuis une caféteria très climatisée : Bus 547 Mochit, arrêt Ambassade du Myanmar. Il fait à peine jour, des éclairs déchirent le ciel et des seaux d’eau tombent sur les routes bétonnée. La ville est inondée en quelques minutes et les voies sont à demi pratiquables. De bon matin, en pleine heure de pointe, on est accueilli par un orage sud-est asiatique jamais vu. Deux heures et demi dans le bus, entre nos erreurs de direction et les conditions climatiques. À l’intérieur, on découvre cet étrange jeu de chaises musicales : Les passagers se déplacent de siège au fil des arrêts pour se rapprocher progressivement de la porte de sortie. Le contrôleur plie les billets dans le sens de la longueur, et les tient entre ses phalanges. Il s’approche toujours en faisant claquer l’ouverture de sa caisse cylindrique en bois. Arrivée juste à temps pour déposer les passports à l’ambassade du Myanmar, dans le quartier indien, à deux pas d’un temple hindou et des vendeurs d’offrandes et de fleurs fraîches.