Yangon

Retour à Yangon. Après le festival de l’eau, la ville reprend son activité normale, sans les seaux d’eau jetés à travers les fenêtres. Au grand marché, les vendeurs de fruits exotiques et de tissus appellent les clients calculettes à la main, les couturiers à même le trottoir reprisent les sacs déchirés. Tous les matins autour de 5h, les moines habillés en bordeaux, et les nonnes en rose, marchent pied nus sur le bord des routes leur bol d’aumône entre les mains. Ils récoltent les offrandes de nourriture dans les commerces et auprès des habitants. Un racket organisé culturellement bien ancré dans le bouddhisme theravada.

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Le rythme de l’ancienne capitale est étrangement agréable. L’activité est calée sur le soleil et les rues s’animent dès 4h30 du matin quand les beignets, galettes fourrées et jus de fruits sont vendus sur le bord de la route. Dans le parc autour de l’obélisque de l’indépendance en face de la mairie, ils font leurs exercices matinaux en groupe, étirements et pas de danse. Des danses chinoises avec éventail, de la marche en arrière, du badminton ou de la méditation acrobatique, chacun y va de sa petite touche d’originalité.

DSCF1088Partout en ville, les marchands de journaux et les lecteurs sont nombreux. Sur les Unes, on reconnait le visage d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix en 1991, opposante politique au régime militaire en place depuis 1988, assignée à résidence puis libérée en 2010. Soutenue par une large majorité de la population, elle souhaite se présenter aux élections présidentielles en novembre prochain. Mais la constitution actuelle, rédigée par les anciens militaires ne le lui permet pas notamment parce que son mari était étranger. Malgré la situation politique birmane, la corruption et la désinformation, les habitants de Yangon parlent facilement de politique dans la rue. Quand on nous aborde en anglais, il est question du chômage, des inégalités mises en place par la junte… Dans certains quartiers de la ville, les maisons de luxe surprotégées entourées de barbelées côtoient des habitations de fortune et des bidonvilles. Ils sont nombreux à détester le pouvoir en place. À voir à quoi ressembleront les élections en Novembre. Mascarade électorale ou véritable ouverture démocratique ? 

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En 2007, les manifestations des étudiants suivis par les moines – une première dans le pays – ont été réprimées d’une manière sanglante par le pouvoir en place. Pour ceux que ça intéresse, le documentaire Burma VJ, explique comment un groupe de reporters a réussi à diffuser hors du pays des images de la répression malgré la censure et le contrôle des militaires. Aujourd’hui la situation est différente, depuis trois ans les téléphones portables sont omniprésents. Pour le régime il sera plus difficile de cacher au reste du monde un soulèvement de population.

La jeunesse de Yangon a quelque chose de rebelle dans l’attitude. Un nombre impressionnant de tatouages, de casquettes américaines, cheveux rasés et colorés, et de grosses lunettes de soleil. Tout cela cohabite avec les tenues traditionnelles : le longyi pour les hommes (dont le pli à la ceinture sert pour caler le téléphone portable ou le porte-feuille), et les longues jupes colorées des femmes.

DSCF0956On relit en passant les Chroniques birmanes de Guy Delisle. Ce dessinateur québécois raconte son quotidien à Yangon alors que sa femme bosse à Médecin Sans Frontière. Beaucoup de ses observations prennent sens en étant sur place, et notamment la conduite. Sous embargo américain et européen pendant des décennies, les seules voitures importées en Birmanie étaient japonaises, avec le volant à droite. Mais en 1970, un des général a décidé sous conseil d’un astrologue, d’inverser du jour au lendemain le sens de la conduite. Aujourd’hui la majorité des voitures en circulation ont le volant en droite et conduisent… à droite. Pas très pratique pour doubler tout ça. Alors souvent dans les bus, le vendeur de billets à bord fait signe au chauffeur lorsque la voie est libre. À travers les portières des bus, ils crient aussi la destination du véhicule qui ralentit à peine le temps que grimpent les passagers.

La journée, la chaleur est écrasante. Pour se protéger du soleil, le parapluie se révèle être un accessoire bien utile. En plein centre-ville, au milieu d’un rond point, la pagode Sule est l’un des lieux de rendez-vous. L’après-midi, les petits vieux et des groupes de jeunes viennent discuter dans la fraîcheur des alcôves entourant la pagode éblouissante et dorée à l’extrême. Les chaussures sont toutes déposées à l’entrée et les pieds se noircissent facilement en marchant sur le sol de marbre. En cette saison sèche, au sommet de la stupa, le faible vent fait sonner les clochettes difficiles à remarquer avec ce soleil de plomb. Le soir les couples se retrouvent sur les marches des passerelles enjambant le carrefour qui mène à la pagode. À la tombée de la nuit, sur le bord des routes, les habitants viennent chercher la fraîcheur sur les nombreuses terrasses improvisées des restaurants de rue. Assis sur des chaises en plastique colorées à ras-du-sol on y mange du riz frit, des brochettes de viande en buvant une tasse de thé ou de la bière locale. Yangon s’endort doucement.

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