Yunnan

Le train est le moyen de transport le plus populaire en Chine. À l’approche du nouvel an, les billets sont très vite vendus et les trains souvent complets. En se laissant porter par le voyage, on en paie parfois les frais. Le moyen le plus économique est d’acheter un billet sans siège et de voyager debout. Les Chinois emportent avec eux des seaux pour s’assoir dessus. Malin mais pas très confortable pour les longs trajets. Il y a aussi les sièges, ou des couchettes, les dures, six dans un compartiment ouvert, ou les luxueuses couchettes molles, quatre lits dans un compartiment fermé. Comme dans le transsibérien de l’eau chaude est disponible dans tous les wagons. En Chine, première puissance économique mondiale, l’eau n’est pas potable.

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Kunming, la capitale de la province du Yunnan est à vingt heures de train de Yangshuo. Cabine partagée avec deux françaises, on parle de voyage autour de kakis séchés et de nouilles instantanées. Le paysage défile derrière les vitres. Des nuages de fumée émanent des usines à l’horizon. La nuit, les villes chinoises à l’architecture ultra-moderne sont illuminées comme des parcs d’attractions. Des builings avec écrans géants et des jeux de lumières sur les façades. Le délire qui détonne avec les villages d’à-côté.

Arrivés à Kunming à mille huit cent mètres d’altitude, on se sent tout de suite ailleurs. Il fait étonnamment chaud, la lumière pique les yeux et les visages bronzés ont le sourire facile. La ville de passage et de commerce, est située à l’intersection de la route de la soie, de la route verte du commerce de Jade et de la route blanche de l’héroïne. Dans le centre-ville, une église est en construction. Le christ doré les bras ouverts surplombe déjà le carrefour. Les grandes allées sont bordées de platanes (faguo wutong = arbre des français) héritage des français venus  établir au XIXe une route entre Kunming et Hanoi pour le commerce d’opium. Des inscriptions en arabe sur les devantures des magasins et quelques restaurants halal confirment bien la présence de plusieurs communautés. Plus de la moitié des minorités ethniques en Chine se retrouvent au Yunnan coincées entre le Tibet, le Sichuan, le Vietnam, le Laos et la Birmanie. Quelques femmes chinoises voilées promènent leurs enfants dans le centre de Kunming. Durant vingt ans Kunming fut le centre d’une rébellion de la population musulmane face aux Hans, l’ethnie majoritaire en Chine, rapidement réprimée par les troupes impérialistes.  Aujourd’hui sous le logo de Carrefour, des familles s’amusent à pêcher des poissons rouges qui frétillent par milliers dans un petit bassin. Un peu plus loin, des dizaines d’aveugles assis derrière des chaises vides proposent des massages aux passants. Le train de nuit pour Lijiang part dans quelques heures.

Dans cette grande ville commerciale chinoise en expansion se mélangent de grosses enseignes et un ancien marché local coincé entre deux buildings. On y trouve des plantes, tissus, pierres protectrices, racines, thés et cafés du Yunnan mais aussi des animaux de compagnie, petit chiens, perroquets et mygales. En se perdant un peu plus, on croise un attroupement dans un parc protégé du soleil.

Après les cartes et le mah-jong, le karaoké de rue semble une des occupations préférées des aînés. Sur le bord d’un canal, ils chantent dans des micros cravate de mauvaise qualité. Des duos d’hommes et de femmes se répondent dans une étrange cacophonie amplifiée par des haut-parleurs portables.

L’attention initialement portée aux chanteurs est vite détournée par notre présence. Un premier s’approche, un second, puis une vingtaines de curieux nous encerclent. Et en deux semaines ici, on est très loin de parler le chinois. Âge, nationalité, « Faguoa ahhhhhaa ! ». Le plus bavard attiré par le micro, montre qu’il possède lui aussi un appareil photo et qu’il connaît le format mp3. Il veut des euros, mais partis depuis trop longtemps, nous n’en avons plus aucun en poche, ce qui le déçoit visiblement. Alors on s’éclipse en les remerciant gentiment. Le plus bavard (photo ci-dessous) nous file 20 yuans et deux autres nous rattrapent en chemin pour poser à nos cotés. Nos trombines circulent maintenant sur le téléphone portable de grand-pères de Kunming.

DSCF5384 DSCF5387Au détour d’une rue, un jeune français nous offre une cigarette. Il pratique la médecine chinoise à Valenciennes et vient se perfectionner pour les deux prochains mois auprès des médecins réputés de Kunming. Dans le train, sur les couchettes en-dessous, deux jeunes chinoises se posent sur le visage un masque de peau en film plastique avant de se mettre en pyjama. On s’endort rapidement bercés par les chants enregistrés d’enfants qui ont tout l’air de vanter les mérites du régime chinois.

Arrivée à Lijiang à l’aube, nos deux voisines piochent dans leur trousse de toilette des dizaines de produits cosmétiques et se crèment le visage à plusieurs reprises en tapotant légèrement du bout des doigts pour bien la faire pénétrer pendant une bonne vingtaine de minutes.

Au coin de la rue on aperçoit les immenses montagnes du Yunnan. Le Tibet n’est qu’à quelques heures, mais il faut une autorisation spéciale pour se rendre dans ce coin sous au contrôle des autorités chinoises. Dans une guesthouse décorée de quelques vinyls, des guitares traînent sur le canapé. Une dizaine de chinois vivent ici comme en famille. Plusieurs d’entre eux jouent dans les bars de la ville. Le soir ils nous invitent partager leur repas. Assis sur des tabourets à ras du sol dans la minuscule cuisine, on pioche dans les plats délicieux cuisinés à tour de rôle par les pensionnaires. Le gros husky planqué sous la table en bois attend patiemment que quelques restes tombent pour compléter sa ration quotidienne de riz. Tous les matins, le chant du coq réveille les dortoirs de cette maison hippie à la chinoise. 

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